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Premier bilan d'après colloque
Fragilités interdites ? : Lucidité et espérance
« Le colloque m’a bouleversée, m'a permis de me reconnecter avec mon espace intérieur, m’a confortée dans mon engagement personnel et professionnel » nous a exprimé une participante à l’issue de nos deux jours de rencontres, résumant ainsi l’ambition qui était la nôtre.
Intérieur et extérieur, moi et les autres, moi avec les autres. Ensemble, engagés à construire un monde plus humain dans lequel chacun est reconnu avec ses limites et ses dons. Un monde où l’ on pourrait dire sa fragilité sans se faire juger ou exclure, où l’on pourrait être soi même et vivre pleinement sa différence. Un monde où la fragilité serait vue comme une chance voire comme une force parce qu’elle nous rend plus ouvert et disponible à la relation et à la nouveauté . Parce qu’alors, le fragile, l’exclu, ne serait pas d’abord vu au travers de ses difficultés mais découvert par ce qu’il est et peut donner autour de lui.
L’expérience de la fragilité et de sa fécondité lorsqu’elle est accueillie est au cœur de la vie à l’Arche. Nous avons été heureux, car c’était un de nos objectifs, que ce colloque soit l’occasion de partager cette expérience avec des intervenants si différents ,avec des participants d’origine diverse et avec nos partenaires avec lesquels des liens forts se sont créés.
Lucidité et espérance, ces deux mots proposés dans les propos introductifs exprimaient bien l’approche choisie.
- Lucidité parce que si nous croyons qu’accueillir nos fragilités peut être source d’humanisation, il ne s’agit en aucun cas de magnifier le fait d’être fragile et d’ignorer les souffrances et les situations difficilement acceptables qui peuvent en résulter. Certaines fragilités sont criantes, elles nous font peur, nous dérangent et nous préférons souvent les nier pour nous protéger. Au plan personnel, la fragilité nous confronte au mystère de la finitude et de la mort, au plan collectif, elle nous met devant le mystère de la relation.
- Espérance, parce que nous croyons en la transformation possible de nos manières d’être, de notre regard sur l’autre et sur nous mêmes. Nous croyons à la transformation de nos actions et de nos politiques afin de pouvoir chacun et collectivement construire ce mieux vivre ensemble auquel nous aspirons tous. Car cela a été dit, nos fragilités sont aussi là dans leur « potentiel de relation et de vie » pour nous dire que nous ne nous suffisons pas à nous mêmes et que nous avons besoin des autres. Elles fondent aussi qui nous sommes et nous donnent notre singularité.
J’ai apprécié l’engagement qui régnait dans ce colloque dit un participant, Un vrai appel à la résistance contre la norme sociale nous déclare un autre.
Les interventions et nos débats nous ont en effet appelés à l’action et à l’engagement. A être témoin et à être acteur, dans nos différents milieux, de cette révolution du regard, des cœurs et de l’intelligence si nécessaire dans notre monde.
« Tous fragiles, tous humains », le vrai problème, n’est pas que nous soyons tous fragiles car la fragilité existe que nous le voulions ou non, et cette question de la fragilité et de nos comportements face à elle traverse l’ensemble des domaines de notre vie en société. Le drame est qu’au nom d’une course à l ‘échalote qui nous fait oublier le sens et la finalité, nous fassions comme si elle n’existait pas, ou que nous l’instrumentalisions au risque de nous mener vers des impasses éthiques ou tout simplement humaines.
Ainsi, nous n’avons pas uniquement évoqué la fragilité des exclus, des visiblement fragiles, atteints dans leur corps ou leur intelligence; nous avons aussi identifié combien notre environnement, notre société et son incapacité politique, pouvait fragiliser le vivre ensemble. Nous avons aussi touché à la fragilité de chacun, celle qui vient de notre histoire personnelle et peut être de blessures intimes, celle qui fait que nous ne réussissons pas ce que nous entreprenons, celle qui nous rend maladroits dans nos relations avec les autres ou qui se dévoile à la suite d’un accident de la vie. La plupart des intervenants nous ont fait la confiance de dire quelque chose de leur fragilité personnelle et je tiens à les remercier de cela. Ils ont contribué à cette atmosphère fraternelle qui a été unanimement soulignée.
J’ai particulièrement aimé la tendresse collective, générale que j’ai là éprouvée ; la qualité de l’atmosphère ouverte,la chaleur,la pluridisciplinarité, la paix,et la fluidité, témoigne un autre participant.
Dans ces lieux imposants du centre de congrès de Lyon et avec un si grand nombre de personnes, il était frappant de ressentir une atmosphère aussi paisible et chaleureuse. Comme nous l’avions senti à Toulouse, les participants étaient particulièrement à l’écoute et disponibles à la rencontre. Une démonstration grandeur réelle, il me semble, de ce que l’attention aux fragilités nous relie les uns aux autre d‘une manière étonnante. Je voudrais d’ailleurs dire un énorme merci à tous ceux qui ont permis de réussir ce colloque et aux nombreux bénévoles qui ont, grâce à leur gentillesse, leurs sourires et leur efficacité pendant ces deux jours, permis ce climat de qualité reconnu par tous les participants.
Le succès de ce deuxième colloque, après celui de Toulouse en 2009, est une confirmation et nous devons l’entendre aussi comme un encouragement. Une confirmation que l’Arche, à travers son expérience de vie et d’alliance avec des personnes handicapées mentales a vraiment quelque chose à dire à notre monde et qu’avec ce thème de la fragilité qui est au cœur de nos relations communautaires nous témoignons de quelque chose qui a un caractère universel. Un encouragement; celui de continuer à porter notre message avec audace au delà de nos cercles traditionnels et en partenariat avec d’autres, témoigner plus large et plus loin pour être davantage signe de la fécondité de nos fragilités accueillies. J’aimerais finir par cette belle phrase de Monseigneur Brac de la Perrière, évêque auxiliaire de Lyon :
« Homme, n’oublie pas ta fragilité originelle ! Reconnais ta dignité originelle ! Reconnais-la dans le plus fragile de tes semblables. Alors tu deviendras humain. »
Erik Pillet
Président de L’Arche en France




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